🤖 Robots humanoïdes

Figure AI a fait sauter ses robots dans une coulée d’acier : une leçon de sim-to-real

Illustration éditoriale d’un humanoïde près d’une coulée d’acier en fusion dans une fonderie
Illustration conceptuelle. évocation conceptuelle de l’opération décrite par Figure AI, pas une photographie de la fonderie d’Imatra, du four à arc électrique ni des robots concernés.

Le 30 septembre 2026, Figure AI a mis hors service sa flotte F.02 en faisant fondre une grande partie de ses robots dans une fonderie à Imatra, en Finlande, dans un but précis : montrer qu’une politique de saut apprise entièrement en simulation tient debout devant de l’acier en fusion. L’entreprise affirme avoir entraîné un nouveau modèle pour cette occasion, en prenant pour référence les mouvements des pots de coulée, dans une fonderie jamais visitée pendant l’entraînement.

Du simulateur à la fonderie. Simulation ; Transfert ; Résultat.
Schéma éditorial : Du simulateur à la fonderie.

Le problème n’était pas le recyclage

Le F.02 n’est pas une flotte marginale. C’est la machine qui a porté le premier déploiement de Figure chez BMW, la naissance de Helix, le premier robot consacré aux tâches ménagères et le premier déploiement logistique de l’entreprise. La mettre à la casse est une décision économique avant d’être une opération de communication.

La raison annoncée par Figure est double : le F.02 embarque des actioneurs sur mesure et une propriété intellectuelle propriétaire, donc un démontage aurait retardé le lancement du F.04. Autrement dit, la destruction n’est pas le projet ; elle est le moyen de ne pas immobiliser l’équipe sur du désassemblage. Un constructeur qui migre une flotte entière vers du matériel nouveau a un intérêt direct à ne pas passer ses soirées à dévisser des moteurs.

L’obstacle industriel, lui, était purement pragmatique : les batteries lithium-ion rendaient ces machines inacceptables pour les fonderies américaines et mexicaines. Du lithium dans un four à arc, ce n’est pas un sujet de réglementation mais de risque d’incendie. Il restait Imatra.

L’histoire technique : apprendre à sauter sans atelier

Le cœur de l’annonce n’est pas la fonderie. C’est l’entraînement.

Sur son campus de San José, Figure a installé des airbags et a appris à ses robots à sauter depuis le deuxième étage. Puis l’entreprise a entraîné un nouveau modèle en simulation, en prenant comme référence les mouvements d’une coulée d’acier — le ballet des pots et des creuseurs. L’objectif affiché : faire bondir les machines avec précision dans un grand seau d’acier en fusion, sur un site inconnu.

C’est un exercice de transfert radical. La simulation ne contient ni four à arc électrique de 75 tonnes, ni électrodes de graphite, ni lumière, ni chaleur, ni vibration. Elle contient une forme d’acier qui coule et un geste. Figure prétend que le geste a suffi.

« Nous avons réellement entraîné des robots à sauter de façon autonome, les avons envoyés en Finlande, et les avons fait bondir dans une cuve d’acier en fusion. » — Figure AI, traduit de l’anglais (« we really trained robots to jump autonomously, shipped them to Finland, and had them leap into a vat of molten steel »)

Traduire ne change pas la portée. Une politique de saut qui, entraînée dans une simulation vide, se comporte correctement dans une fonderie est un vrai résultat d’ingénierie. C’est aussi, exactement et uniquement, la preuve d’une politique de saut.

Vingt-quatre heures, six coulées, vingt minutes par coulée

Le récit est serré, et c’est ce qui le rend crédible.

Contrainte sur place Valeur rapportée par Figure
Équipement du site Trois électrodes de graphite alimentant un four à arc électrique de 75 tonnes
Temps disponible 24 heures
Nombre de coulées 6
Fenêtre utile par coulée 20 minutes avant que l’acier ne refroidisse et ne forme une croûte dure
Matériel de prise de vue et électronique Tombés en panne dans l’environnement

La fenêtre de vingt minutes explique la structure de toute l’opération. Ce n’est pas une série sur commande : c’est une suite de tentatives calées sur un phénomène physique qui ne dure pas. Alignement sur le palier, attente, franchissement du rebord — et si la coulée est terminée, la machine reste dehors.

Le fait que le métal, l’électronique et l’éclairage aient cédé constitue une information en soi : un environnement industriel n’est pas un décor, c’est un ensemble de contraintes qui s’appliquent à la machine entière, pas seulement à sa mécanique.

Ce que cette opération prouve — et ce qu’elle ne prouve pas

Elle prouve qu’une politique motrice générale peut être apprise hors site et survivre à un domaine entièrement nouveau. Elle ne prouve rien sur la capacité industrielle de Figure, et il serait trompeur de l’écrire autrement.

Un robot qui saute dans un seau est un robot qui saute. La même machine, sur une ligne de montage, déplace des bacs et pose des pièces pendant des heures. Ce sont deux problèmes distincts : le premier est une généralisation de mouvement sur un site unique et non répété ; le second relève de l’endurance, de la sécurité et de l’intégration au poste de travail, comme l’explique notre anatomie du fonctionnement d’un humanoïde.

À cela s’ajoute l’économie du matériel. Fabriquer un humanoïde avec des actioneurs sur mesure coûte plus cher qu’un robot issu d’une chaîne standard, et le résultat est une flotte qu’on ne peut ni réparer économiquement, ni revendre, ni faire recycler localement. Ce coût est déjà dans la facture.

La suite est purement économique : Figure indique que la majeure partie du F.02 a disparu, que quelques-unes restent en stockage au siège, et que les barres de métal résultantes sont vendues comme objet d’édition limitée. Le F.03 prend le relais, et c’est bien là qu’est l’information utile pour un lecteur qui veut savoir où va le produit.

Un détail humain, en fin d’article

Figure raconte avoir demandé conseil à internet pour se débarrasser de ses robots. Arnold Schwarzenegger a suggéré de les faire fondre, puis s’est associé au projet. L’épisode figure dans le communiqué. Il ne change rien à l’analyse technique : une politique de saut simulée qui finit dans un four finlandais parle de recherche de contrôle, pas de vedette.

Le F.02 aura été la flotte des premières fois — premier client industriel, premières corvées, première logistique — et son remplacement intégral est précisément le signe que Figure a choisi l’obsolescence planifiée plutôt que la reconduction. C’est le comportement classique d’un constructeur qui industrialise, et une raison de plus de lire ces annonces avec le même scepticisme que n’importe quel communiqué : le coût et la réalité industrielle d’un humanoïde dépendent d’abord de la ligne de production, pas de la démonstration spectaculaire.

✔ Comment nous avons vérifié

Vérifié le 30 septembre 2026 à partir de l’annonce Figure AI du même jour. Les caractéristiques de la fonderie d’Imatra (four à arc électrique de 75 tonnes, trois électrodes de graphite) sont décrites par Figure et n’ont pas été confirmées par l’exploitant du site. Aucune mesure indépendante de la qualité des barres produites n’est publique.

Informations vérifiées à la date de publication ou de mise à jour indiquée. La technologie évolue vite — consultez les sources ci-dessous.

Sources

  1. Decommissioning the F.02 fleet — Figure AI
  2. Introducing Figure 03 — Figure AI
  3. Helix 02 — démonstration industrielle — Figure AI
  4. BMW Group to deploy humanoid robots in production in Germany — BMW Group

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